FORMATION

Méthode

BIODIVERSITE CE QUE LE MOT VEUT DIRE

 

 

                                                Les plantes des parterres nous sourient de   leurs yeux enfantins

Goethe

 

                  La mise en avant du vivant correspond à un parti-priscommandé par les exigences de l’écologie. D’autres que moi donnent un   avantage à l’architecture, au design, à l’ornement ou à l’objet. Dans un souci d’équilibre avec les énergies en place et surtout dans un souci d’anticipation sur les conditions de vie future, les jardins et les paysages sont ici imaginés, réalisés, entretenus et enseignés à la lumière de ce j’appelle « le génie naturel »                                                           Gilles Clément

 

 

Le mot et le concept qu’il  véhicule sont récents même s’ils servent à décrire une réalité vieille comme le monde

Il a fallu attendre la fin des années 80 ,1988 exactement, et  Edgar O. Wilson) pour voir apparaître dans les milieux scientifiques internationaux le terme biodiversité.

C’est en 1992 qu’il a, pour la première fois, été utilisé dans une convention internationale, à la conférence de Rio

Ce concept a été assez vite « capté » par un certain conservationnisme, entrainant deux erreurs majeures, révélatrices de nos vieilles méthodes de pensée

D’abord réduire la biodiversité à une liste, une collection d’objets et oublier qu’il s’agit d’un  mécanisme d’une extrême complexité, fait d’oppositions et de complicités que, pour rendre un peu plus optimiste la formule de Darwin, j’appellerai « struggle for a better life. »

L’autre erreur, conséquence de la première, serait de considérer que cette biodiversité ne concerne que les plantes et les animaux et que l’homme, observateur de ces milieux aurait une quelconque capacité à s’en abstraire, comme le scientifique en blouse blanche qui regarde s’agiter les bactéries sous son microscope.

On sait depuis la physique quantique et le principe d’incertitude formulé par Heisenberg que cela n’est pas le cas et qu’observant la nature, c’est nous mêmes que nous observons et que nous modifions.

Donc, lorsque nous allons prendre conscience des différentes menaces qui pèsent sur la biodiversité, nous devons nous poser la question : et si nous, les humains nous étions une espèce menacée ?

Est ce tout à fait un hasard si le pays qui affiche le taux de croissance le plus élevé du monde, la Chine, est celui ou l’on relève  un nombre croissant d’espèces menacées, dauphin d’eau douce, tigres, oiseaux, une déforestation catastrophique, comme celle du plateau tibétain, avec la raréfaction des espèces sauvages …..

Il y a là des faits objectifs, comptabilisables et qui peuvent être corrigés

Mais une autre atteinte à notre humanité est peut-être encore plus grave !

Déjà  à la fin du XIX eme siècle le grand zoologiste américain Mac Millan mettait en garde

« Ce qui compte dans la sauvegarde des condors et de leurs congénères, ce n’est pas tant que nous avons besoin des condors mais que nous avons besoin des qualités humaines nécessaires pour les sauver, car ce sont précisément celles là qu’il nous faut pour nous sauver nous mêmes. »

En 2010 le philosophe Augustin Berque lui fait écho :

« Ce qui est en jeu dans la biodiversité, ce n’est pas seulement le sort de telle ou telle espèce, mais bien le sens moral d’une pareille civilisation. Le réductionnisme mécaniciste idéalise en effet l’inverse de la morale : la machine, qui ne juge rien. »

En revanche, comme l’écrivit Hölderlin, wo aber Gefahr ist, wächst das Rettende auch (là ou est le danger, croît aussi ce qui sauve) : ce que nous appelons aujourd’hui la crise de la biodiversité pourrait bien être l’occasion d’assumer l’histoire naturelle qui nous a portés à devenir des êtres moraux, et de ce fait investis du devoir moral de la respecter dans ce qui l’incarne tout autant que nous-mêmes : les autres espèces, nos semblables à l’égard de la vie.

Si l’on jette un rapide coup d’œil (forcement rapide sur le petit milliard d’années qui a vu apparaître la vie, d’abord végétative puis carrément végétale, animale et enfin humaine, on constate  qu’en passant des organismes monocellulaire, dépourvus de noyau( appelés procaryotes) au  organismes pluricellulaires( eucaryotes), puis en faisant la découverte de la mobilité,  la vie s’est ouvert de nouveau horizons, mais  elle s‘est condamne, du moins chez ces nouvelles espèces dites animales à renoncer à l’autotrophie( la photosynthèse par exemple) au profit de l’hétérotrophie, c’est à dire à l’obligation de trouver nous même leur nourriture

Ce qui les contraint à un perpétuel mouvement brownien pour collecter leur nourriture,  les plaçant dans une dépendance absolue à l’égard de ces végétaux si bien dotés.

Ou bien de ceux qui les mangent, que nous mangerons à leur tour  a moins que certains d’entre eux ne nous mangent avant.

Cette quête coûteuse en énergie provoque la dissipation de la quasi intégralité de ce que nous collectons. Elle nous place dans le souci constant de notre survie. Elle nous conduit également à imaginer des stratagèmes pour nous faciliter la tâche, la mécanisation, la chimie (les médicaments) l’informatique, mais  notre dépendance majeure du monde végétal et notre dissipation d’énergie restent nos mots clé.

Nous envisageons désormais de modifier profondément la structure même du vivant, plantes, animaux, humains en intervenant au sein des codes génétiques  auxquels certains d’entre nous, des humains si l’on ose dire, deviendraient les donneurs d’ordre privilégiés.

Cette entrée en force dans le système du vivant, alors que nous sommes loin d’en connaître toutes les ressources, toutes les capacités symbiotiques, notamment sur la santé humaine n’est pas sans dangers.

Dans l’histoire, quelques erreurs ont été rattrapées de justesse.

l’If, que l’on considérait comme un arbre nuisible en raison de la toxicité de ses baies s’est révélé contenir une puissante molécule anticancéreuse. En le ghettoïsant dans les cimetières, au lieu de l’éliminer, on a sauvé des milliers de vies à venir. Le ginkgo, qui ne survivait plus qu’en Asie autour des pagodes a été redécouvert grâce à sa capacité  de produire un médicament favorisant la circulation cérébrale, et cela après que l’on eut remarqué son étonnante capacité de survie aux radiations à Hiroshima.

Aujourd’hui, vous l’avez remarqué, un nombre croissant de disciplines scientifiques incluent le mot bio dans leur dénomination, biochimie,  biogénétique,  neurobiologie,  ces disciplines nouvelle, de plus en plus pointues, nous font chaque jour découvrir de nouvelles interactions entre nos cellules les plus précieuses nos neurones,  leur plasticité, leur capacité à renaitre, à développer des systèmes de réparation ou de défense. Mais savons-nous les mettre en relation avec l’ensemble du vivant ?

Une de ces disciplines, très prometteuse, la bio sémiotique, se consacre à la l’étude des systèmes de communication au sein du vivant, végétal et animal .

Les découvertes de la biologie botanique ( on pourrait dire la biotanique) nous fait découvrir des capacités absolument bouleversantes chez les végétaux.

Ainsi, par exemple, on a découvert qu’au terme de methylations successives certaines espèces végétales avaient la capacité de modifier temporairement leur ADN en fonction de leur environnement ( une sorte d’évolution réversible) ,  et par un processus appelé épigénèse, de choisir dans leur héritage génétique ce qui peut le mieux convenir à telle ou telle situation, quitte à sauter plusieurs générations.

Ces capacités adaptatives ou défensives, nous pouvons nous mêmes en observer  certaines, les intégrer à notre manière de cultiver chaque jour  notre jardin, pourvu que nous y accordions un peu d’attention.

Les légumes les plus courants comme le chou sont capables de faire appel par des sécrétions à une petite guêpe qui viendra les défendre contre la piéride, prédatrice du chou mais aussi d’autres végétaux.

On pourrait multiplier les exemples, parler du fameux acacia d’Afrique du Sud et de son système de défense chimique contre le grignotage de ses feuilles allant jusqu’à prévenir ses congénères du risque d’une attaque, ou encore de la disposition des branches du Barteria, naturellement creuses, qui offrent à une espèce de fourmis, les Tetraponera, un confort sans égal. Mais en plus d’offrir un gîte, l’arbre propose aux fourmis une table garnie en permanence grâce aux bords de ses feuilles parsemés de glandes à nectar que celles-ci récoltent à longueur de journée. En échange des services rendus, les fourmis offrent à l’arbre une protection pour contrer ses ennemis jurés : les mangeurs de feuilles. Les Tetraponera possèdent, en effet, à l’extrémité de leur abdomen un redoutable dard venimeux, et elles éliminent les lianes et lichens qui viennent déranger leur arbre préféré.

Cet art de jardiner en tenant compte des interactions, du rôle des insectes des« plantes compagnes »  ou « solidaires »est devenue courant et on en découvre tous les secrets dans les innombrables livres  et manuels, des plus simples au plus savants qui fleurissent sur les rayons des librairies. Y compris dans les catalogues des grandes jardineries.

Il faut aller plus loin. Imaginer que cette solidarité du vivant très pratique, j’allais dire très terre à terre, soit étendue au domaine de la santé humaine

Je ne vais pas dire que ma ligne de haricots ou de poireaux va « mécaniquement » me soigner, mais les interactions multiples dont nous devenons les acteurs conscients  au jardin  sont aujourdhui au cœur de nos préoccupations, de notre médecine, de nos modes de vie.

La pratique du nouveau jardinage peut être une manière d’entrer en contact avec ce paradigme.  Mises ensemble, expérimentées, étudiées, ces interactions subtiles sont déjà  à l’origine de nouvelles thérapeutiques dans certaines pathologies.( aux USA)

L’hortithérapie ( avec un h comme dans hortus)  va en effet trouver dans le cojardinage ou jardinage adapté des qualités constatées dans les domaines physiologiques( motricité) sensoriels( émotions) cognitifs( mémorisation, réminiscence)neurologique( rôle de la lumière sur l’horloge interne), voire psychologiques( médiation, lorsque le soigné devient soignant),  et   en tout cas sociales,vu la manière dont ce jardinage est pratiqué( empathie, socialisation)  et bien d’autres  qualités propres.

Nous sommes ici au cœur de la biodiversité

Mais jardiner avec le vivant a ses règles et ses pratiques éthiques, nous en avons vu quelques exemples plus haut, dans  ce qui constitue un véritable changement  de regard sur notre monde.

Nous en avons retenu sept

1/ S’efforcer de ne jamais porter atteinte à l’énergie vitale des êtres vivants, humains animaux, plantes

2/Ayant conscience de l’unité du vivant, rapprocher et unir au delà de toute différence d’âge, de sexe, de condition sociale, d’appartenance culturelle.

3/ considérer le jardiner ensemble comme un  libre don et comme un plaisir

4/partager les connaissances et privilégier la qualité de l’acte

5/ utiliser des méthodes culturales qui respectent les rythmes de la nature et le caractère renouvelable des ressources

6/Favoriser la préservation et la réintroduction d’espèces végétales diversifiées

7/ agir dans un esprit de fraternité entre personnes et institutions œuvrant dans la même direction

L’ensemble de cette réflexion repose sur une hypothèse  que la science confirme chaque jour: la plus petite partie du vivant est tout le vivant !

La biodiversité si elle expose la multiplicité des formes et des espèces  se fonde avant tout sur l’unité de la vie, elle n’est pas un catalogue d’objets mais ce qui fait que ces objets ont un lien, ont besoin les uns des autres.

 

 

Pourquoi nous aimons nous ? Biodiversité et Biophilie

 

Est il la peine de souligner à quel point ces remarques sont reliées à notre propos, c’est à dire à la santé de nos congénères, à leur vieillissement, perçus ici  comme des éléments non séparables d’un système global, dans lequel les végétaux et plus généralement les autre vivants tiennent une place considérable

Car il reste à savoir jusqu’à quel point,  ayant réintégré le végétal au sein du vivant, nous pouvons  exprimer notre attirance réciproque et nous rendre service.

D’abord, le voulons nous ? Existe-t-il une force qui nous pousse à nous intéresser au vivant, à rechercher des rapprochements, des alliances peut –être ?

Nous voici au cœur du problème.

Au cœur du  « cœur de l’homme » *pour reprendre le titre du livre publié en 1964 par le psychanalyste américain Erich Fromm. Formé à l’institut psychanalytique de Berlin, proche des philosophes de l’école de Francfort( Marcuse, Adorno), il cherche à  définir ce facteur mystérieux qui pousse chacun d’entre nous à faire cohabiter  deux  forces contradictoires : l’amour de la vie et la fascination de la mort. Moteur de notre comportement individuel et social, la biophilie nous entraine vers le respect de l’autre, l’action bienveillante, le désir d’un monde meilleur, le maintien et l’approfondissement d’un dialogue avec le vivant, transcendant les espèces et les genres. D’un autre coté la nécrophilie nous entraine vers un culte de la force, définie par Simone Weill comme la capacité de transformer un homme en cadavre. Cette capacité à tuer, d’ou procède toute violence, ne se limite pas à la jouissance destructive à l’égard de nos semblables. Plus largement, elle induit une vision hiérarchisée du monde, justifie le pouvoir de domination illimitée sur les forces de la nature, l’homme inclus, et privilégie donc les régimes autoritaires ou dictatoriaux. (…………..)

Mais si l’on étudie de plus près le rapport biophilie/nécrophilie, on s’aperçoit que celui ci évolue d’une manière qui n’est pas tout à fait univoque ou simpliste au sein des sociétés, le penchant nécrophile prétendant à une meilleure organisation sociale à travers une « machinisation »illimitée , le remplacement progressif de secteurs entiers de notre activité humaine par des technologies, réussissant à la fois à provoquer le réchauffement climatique et la glaciation des relations entre les hommes.

 

 

 

Edward O Wilson , entomologiste et biologiste reconnu, enseignant honoraire à l’université de Harvard, à qui nous devons l’apparition du mot biodiversité dans notre vocabulaire,  va plus loin. Il affirme*  « nous sommes humains, pour bonne part, grâce à notre manière de nous associer à d’autres organismes. Ils sont la matrice dans laquelle l’esprit humain à trouvé son origine et demeure enraciné de façon permanente » Et il insiste sur l’importance de cette prise de conscience :  « des organismes petits et mystérieux vivent  à quelques pas de vous » . Ainsi cette biophilie qui nous fait communiquer et participer au devenir de tout organisme vivant relèverait elle de ce qu’il y a en nous de plus intime, notre ADN, qui nous distingue mais aussi nous rapproche. Wilson, tant critiqué  pour le risque totalitaire de  la sociobiologie, connaît une certaine rédemption en affirmant dans ses ouvrages les plus récents que cette loi génétique contraignante ouvre au contraire vers le respect du vivant sous toutes ses formes, le soin des plus faibles, l’altruisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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