FORMATION

Initiation à l’hortithérapie ch III

 

Rédigé à l’intention des personnes qui souhaitent se former à l’hortithérapie, ce petit

manuel approche, en trois chapitres principaux, les mots clés du jardin de soin, les

règles de la conception et la réalisation et enfin l’animation.

En voici le troisième chapitre

 L’ANIMATION

Le succès et la pérennité d’une animation, qui est le but final de tout le travail entrepris repose sur quelques principes simples, que nous avons déjà évoqués.

1/ se mettre en empathie avec les personnes concernées. Dans la mesure du possible  la constitution d’un groupe de jardiniers volontaires parmi les résidents avant même les premiers ateliers va permettre  de créer un « esprit d’équipe » favorable à la suite.

2/ Il est indispensable de pratiquer dès le début l’authenticité de l’écoute, entrainant un engagement aussi authentique de la part des personnes concernées

3/le but étant d’obtenir qu’entre le jardin et les résidents  « le courant passe » on s’efforcera d’éviter tout parasitage, en tenant compte de l’age, de la pathologie, de l’ambiance de l’institution.

L’efficacité thérapeutique du jardin dépend en effet du patient lui même et de la capacité que nous aurons eu d’éveiller en lui

a /le sens du regard, aussi bien  en ce qui concerne le paysage( lumières, nuages, phénomènes atmosphériques) que les plus infimes détails du quotidien : observer la germination, la floraison , la fructification, l’état du sol, la nature des adventices,

b/le désir de soigner, préparer la terre, replanter une pousse fragile, arroser, tuteurer

c/ le désir d’acquérir les gestes et les connaissances( noms des plantes, « habitudes »…) nécessaires aux soins

C’est de l’ensemble de ces éléments que jailliront les « effets mémoires », « effet apaisement » « effets vigilance »  « effet responsabilité » « effets communication » qui marqueront  un éventuel progrès dans l’état du patient

Les végétaux

Il revient à l’hortithérapeute, à l’écoute de ses patients, d’établir la liste des végétaux qui donneront le cadre et la vie à l’atelier « potager fleurs »

ces végétaux seront choisis en fonction

de leur non nocivité(tactile ou gustative : pas de piqures d’épines ni d’empoisonnement)

de leur croissance spectaculaire

de leur « loquacité » sensorielle ( odeur , goût, ) susceptible de permettre le retour de certaines sensations déjà ressenties dans le passé. Au grand avantage de la mémoire et du retour des capacités perturbées par l’anosmie et l’agueusie.

Les stars du jardin fleuri

Les rosiers

Bobby James, roses anciennes blanches, odeur légère, grimpant,Juin

Pierre de Ronsard, rose, grimpant, remontant de mai à Octobre

Cuisse de nymphe émue, arbuste , rose, très parfumé

Tabarly, rouge,remontant,

Gloire de Dijon,Parfumé, remontant

Les bulbes de printemps

narcisse( à protéger)

jonquilles

tulipes

crocus

Fleurs d’été

œillets d’Inde( éloignent les parasites)

Dahlia

Véronique(vivace)

Anémones du Japon(vivaces)

glaïeuls

Tournesols( laisser les graines aux oiseaux)

Capucines

Cosmos, Cosmos sulfureux

Jusqu’au début de l’automne

la prairie fleurie(mélange)attire abeilles et papillons

les engrais verts, phacélie, moutarde, vesces, qui seront enfouies dans le sol

Pour couvrir les pergolas

Clématites, Polygonum

Les aromatiques

Estragon, Thym, Romarin, Ciboulette, Persil

Cerfeuil, Coriandre, Aneth,Céleri

Sauge Verveine, Camomille, Menthe

Lavande

Les « sauvages » à protéger

Plantain, dépuratif, hémostatique

Consoude, riche en vitamines

Ortie, énergétique

Millepertuis, adoucissant, antistress

La reine des prés(rare), fébrifuge

Les  stars du potager

radis roses( de dix huit jours) blancs(Daekon) noirs d’hiver

fèves, petits pois

Salades(laitues, scarolles)

Tomates ( Saint Pierre, Cerises)

Courgettes, courges musquées, potimarrons, potirons

Choux,(tête de pierre,  frisé,choux de Bruxelles)

Pommes de terre

Poireaux

Haricots, grimpants, nains

Oignons blancs, échalotes

enfin fraisiers, (sous filets, car les oiseaux sont vigilants)

Une fois que l’on a choisi les végétaux, la période favorable à leur mise en place va déterminer le calendrier des activités au jardin.

On s’appuiera éventuellement sur le calendrier lunaire, qui souligne les « solidarités biologiques entre humains, végétaux et le reste de l’univers.

A l’impératif des dates va se joindre l’usage des « bons gestes » jardiniers

Ceux ci pourront être facilement acquis, pour l’essentiel, par un rapide stage en  entreprise de jardinerie, ou chez un jardinier expérimenté. Il sont également décrit  dans des ouvrages (voir liste) et parfois ce sont les patients eux mêmes qui les enseigneront au groupe.

Il faut néanmoins savoir que chaque espèce à ses préférences concernant

les semis(préparation du terrain, profondeur)

la nécessité de dédoublements après la germination( radis, carottes semées en place)

le repiquage

l’arrosage( fréquence, méthode :   « on arrose pas les courgettes au pied , les haricots quand ils sont en fleur…..)

la récolte des graines et leur conservation.

On s’initiera , par exemple aux méthodes de la permaculture, économe en efforts et en moyens.

Importance de la pédagogie

Pour que l’atelier  se déroule de façon satisfaisante, il doit être préparé par une « grille saisonnière » qui fixe

les tâches au jardin

les thèmes d’intérêt ( le cosmos, les océans , les fleuves, les forets, les arbres, la découverte des plantes, la botanique élémentaire, les plantes sauvages et cultivées,)

Les deux doivent en effet être mis en relation, afin de toujours garder à l’esprit le lien qui unit la graine au cosmos et aux civilisations

on peut également, selon la nature de l’institution, prévoir des sorties, visites de jardins ou d’expositions, ou inviter des orateurs, praticiens, scientifiques etc…

Modèle de « grille » :

L’ambiance de l’atelier

Il faut considérer  l’atelier comme un rendez vous amoureux.

Chaque jardinier s’y prépare avec enthousiasme et méticulosité.

Le rituel

Pour cela on s’appuiera sur des « rituels » que j’ai été amenée à établir grâce aux enfants autistes, puis aux personnes âgées, les deux ayant besoin de s’appuyer sur certaine habitudes.

Toujours commencer l’atelier par un accueil si possible au même endroit, saluant chaque participant par son nom, verbalisant la météo et les tâches du jour.

Le rituel de l’ouverture de la porte de la cabane, de la « mise en tenue », du choix des outils, de la répartition des tâches

Evidemment jamais de blouse blanche (médical) ou autre signe ( costume de ville ) au jardin je porte un tablier, un chapeau de soleil ou de pluie, des bottes, un KW, des gants et j’ai toujours sur moi un canif et de la ficelle, comme dans le film  « dialogue avec mon jardinier »

Une fois prêts nous commençons toujours par une visite attentive : on remarque  et on dit tout ce qui a changé depuis la semaine précédente, chaque détail, une tache sur une feuille, un besoin d’arrosage non satisfait, l’arrivée d’une adventice, d’un escargot,  d’un vers de terre.

Selon la métaphore amoureuse  que nous avons évoquée  un amoureux attentif remarque chaque signe  de changement sur le visage ou le corps de la personne aimée.

Passer à l’acte

Selon la grille et si les circonstances atmosphérique le permettent, on se répartit les plaisirs du jour, dont beaucoup pourront être partagés.

Chacun en tout cas doit en avoir sa part.

Pas d’ordres, mais des propositions( Hervé, veux tu sarcler les poireaux)

l’hortithérapeute (animateur) garde un œil sur tout, participe, anticipe, dose son intervention entre le faire et le laisser faire et même le ne rien faire du tout, pourvu que l’envie demeure et que le bonheur soit au rendez vous(  exemple de Bintou, qui passe l’atelier allongée sur le bord de la fenêtre en ronronnant comme un chat et pleure quand l’atelier se termine) . Je la comprends et j’ai envie de lui chanter, sans l’ironie qu’y mettait nos grands mères,  « ah qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de nous »

Là , au jardin , ce n’est plus l’éducateur   qui « stimule », mais le jardin lui même, avec tant d’efficacité respectueuse !

Si l’atelier dure une heure et demie, vingt minutes avant la fin on regroupe les outils, on les nettoie, on les range.

On termine toujours par une dégustation : tisane( du jardin) grâce à la thermos d’eau chaude dont je ne me sépare pas, fruits  ou petits légumes cueillis sur place, biscuits.

On discute du temps (bien) passé, on se souvient, on se fixe le prochain rendez vous, les prochaines attentes.

Chaque équipe, suivant la créativité de l’animation  sera ainsi amenée à découvrir et enrichir ses propres rituels

L’EVALUATION

Après l’atelier, je relève les faits marquants sur mon journal de bord, j’imprime les photos, éventuellement je remplis le feuilles d’évaluation ; Aujourd’hui les photos sont devenues des moyens précieux de tracer l’évolution de l’atelier.  Elles peuvent, si les participants  ou leurs représentants légaux en conviennent,  figurer dans un document partagé sur Internet.

A la maison des Aulnes Stéphane a mis en place un blog, modèle du genre.

http://www.facebook.com/pages/Handijardin/135620099896100

Il permet de

mémoriser les séances

valoriser les participants

informer les familles et personnes qui s’intéressent au jardin et recueillir leurs commentaires

Il contribue également à l’évaluation des résultats de l’atelier

C’est en effet un des points les plus délicats dans toute thérapeutique, surtout lorsque les contours de la maladie demeurent flous, qu’il ne s’agit pas d’un simple dysfonctionnement physiologique  ou mécanique et que sont en cause de syndromes psychologiques et sociaux, dont on suppose qu’ils ont pour origine des dérèglements neurologique, voire génétiques, mettant en œuvre des phénomènes de sénescence , de troubles du développement,  de dépression profonde.

L’évaluation d’un mieux être repose donc essentiellement sur une observation clinique en partie subjective  et qui ne peut se résumer au mieux être institutionnel ou familial.

Néanmoins, on peut imaginer qu’une observation régulière ,  systématique  et individuelle des participants à un atelier devrait s’attacher à enregistrer les éléments suivants afin d’évaluer leur évolution.

Bien sûr d’autres données, appartenant au dossier médical, devraient entrer en résonnance , telles que qualité du sommeil, appétit, humeur, élocution , motricité etc…

NOM

AGE

GROUPE/ATELIER

DATE

Capacités Individuelles

A/ Régularité de participation à l’atelier

B/Niveau de participation

C/ Créativité, prise de  décision

D/ compréhension des demandes et indications fournies

E/ correction d’erreurs en cours d’éxécution

F/amélioration de la motricité , précision des gestes

Relations au sein du groupe

A/ coopération dans la réalisation d’une tâche

B/ acceptation de l’opinion d’autrui

C/capacité à négocier sans complaisance ni agressivité

D/Offre d’aide

Expression d’émotions

A/respect des plantes, curiosité

B/satisfaction dans l’accomplissement d’une tâche

C/acceptation de l’environnement

D/estime de soi

Des systèmes de notation assez simples, + ou -, permettront d’enregistrer d’éventuelles modifications

Il n’existe , à ce jour que des éléments de compte rendus comportementaux, dont nous avons fait état  dans l’expérience américaine.

Une véritable évaluation ne peut se faire que par un travail d’équipe avec les médecins concernés par ces pathologies. Le travail entamé par le Pr Alain Calender à Lyon devrait être rejoint par celui d’autres chercheurs.

Mais il ne faut pas s’y tromper, l’épreuve  est ici est  de type Marathon, le sprint n’étant pas la spécialité de l’Académie de médecine.

Nous sommes donc, pour le moment, obligés de nous en tenir à une certitude  de type  « effet bienfaisant », difficilement évaluable, mais  néanmoins parfaitement convaincante .

Le recueil de témoignages peut être d’une grande utilité.

Les effets d’entrainement de l’atelier jardin

On écrit sur des ardoises le nom des végétaux

On les dessine

On fabrique des bouquets

On déguste sur place

On propose des recettes à l’atelier cuisine

On prépare conserves et confitures

Sur la suggestion d’un membre de l’équipe, on invite une violoniste, un joueur de balafon qui fait jouer les jardiniers sur son instrument(voir sur le blog handijardin)

Les quatre piliers de l’animation

« Sachez d’ores et déjà qu’enseigner un savoir faire est beaucoup plus difficile qu’enseigner un savoir »Joel Carbonnel,Le bon geste, actes sud

Le bon geste

proposer un geste, accompagner sa réalisation tout en laissant le sujet organiser sa capacité( utiliser la main gauche si la main droites est invalide), conseiller la meilleure posture( voir livre de joel Carbonnel)) le meilleur outil, ne rien imposer. Laisser chacun découvrir et gérer son corps ;

mesurer l’effort musculaire nécessaire.

savoir s’arrêter.

Le mot juste

nommer ce que l’on fait « on repique les poireaux », « on palisse les rosiers », « on donne un coup de griffe ou de binette »

chaque plante porte un nom, le rechercher.

décrire une plante : forme couleur, consistance, goût

dessiner les légumes sur une ardoise que l’on affiche sur la plate bande

les plantes , dans leur diversité sont un immense réservoir de noms, de formes, de besoins vivants

l’ambiance relax (zen)

au jardin on peut s’asseoir et respirer. Compter se respirations, ralentir le rythme présente un effet apaisant et désangoissant immédiat.

On peut regarder le ciel, imaginer le mouvement et la forme des nuages

imaginer les pensées négatives ou déprimantes sous la forme d’un oiseau qui passe son chemin sans laisser de traces

remarquer la forme d’un arbre, son balancement, les personnaliser comme de charmantes créatures qui nous veulent du bien

toucher la terre en imaginant son immensité, son âge, sa consistance , sa température

revenir sur les premiers temps, rechercher ce que la terre et nous avons en commun

la considérer comme lieu de développement et de survie des plantes( humidité, minéraux, bactéries)

souffle espace terre eau, reste le feu.

observer le rapport ombre soleil selon l’heure qu’il est.

S’imaginer dans le rôle de la plante ,qui se nourrit de lumière( parler simplement de la photosynthèse)

est il possible que nous aussi nous nous nourrissions de lumière ?

Organiser et gérer la transition

De la même manière que le passage de l’intérieur (de la résidence ou de l’hôpital) à l’extérieur( le jardin) doit être sensible, générer une impression de liberté, mais pas d’insécurité, le jardin et sa profusion végétale  ne doit pas provoquer chez ceux qui le fréquentent un sentiment de crainte ou de désorientation. Familier, on y retrouve des plantes que l’on connaît, que l’on identifie aisément : choux, fraises, roses. Par la suite, la « personnalité » du jardin est amenée à évoluer librement, au gré des saisons (les fruitiers grandissent, certaines plantes « envahissent » tel ou tel coin. L’observation de ces mouvements naturels est essentielle, si le jardin est « entretenu » de l’extérieur, ce qu’il « veut »dire  ne s’entend plus. Ex :  les roses fanent, il faut se débarrasser des fleurs fanées, garder les bourgeons.

Le rôle de l’animateur est ici d’aménager la transition,  les transitions, dans l’espace et dans  le temps par des rituels, emprunter des entrées, des chemins, organiser la visite au jardin, gérer le début et  la fin de l’atelier, revêtir la tenue adéquate, bien choisir et prendre soin des outils.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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