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ACOSMIE,JARDIN ET PHYTORESONANCE

ACOSMIE, JARDIN ET PHYTORESONANCE

« Ayant admis en lui-même tous les êtres mortels et immortels, vivant visible qui enveloppe tous les vivants visibles, dieu sensible formé à la ressemblance du dieu intelligible, très grand, très bon, très beau et très accompli (megistos kai aristos kallistos te kai teleôtatos), le monde (kosmos) est né : c’est le ciel (ouranos), qui est un et seul de sa race » Platon, Timée

L’acosmie est une maladie grave, potentiellement mortelle Co-mortelle pourrait-on dire, car ses conséquences, qui sont aussi parfois ses causes, peuvent entrainer la mort de milliers d’êtres. Directement ou par effet collatéral ( la violence nécrophile, le saccage de la Planète)Mais de quoi s’agit il ?Une tentative de définition pourrait dire d’elle qu’elle est la perte du sentiment d’appartenance au cosmos, au monde dans toute sa vastitude, dans la multiplicité des ses formes, dans sa diversité.

Donc une sorte de rétrécissement de notre champ ontologique, de nos perceptions, de notre mémoire, de notre géo localisation innée, de notre sens inné de la temporalité…. les syndromes sont nombreux, les remèdes quasiment inexistants. Des chercheurs, dans leur langage souvent abstrus, tentent de préciser le concept, d’en situer les racines au sein même de la modernité, comme Augustin Berque, sa théorie des deux corps, corps animal et du corps médial, rendus incapables de se réunir*. Toujours est-il que « débranchés » de notre capacité de se « sentir » cosmique, différente de celle de nous penser cosmique, il nous faut trouver d’urgence un remède aux souffrances et comportements aberrants, volontaires ou parfaitement pathologiques que l’épidémie entraine. On vous proposera des stages de retour à la terre, de néo chamanisme, de recherche sensorielle et que sais-je encore. Bonnes choses et parfois moins bonnes. Pas gratuites ni prise en charge, heureusement, par la sécurité sociale. Pourtant l’acosmie mérite d’être une maladie reconnue sous ses formes dues à l’âge, aux lésions cérébrales et aux causes encore inconnues de l’autisme.

La pharmacologie, du moins sous la forme directe d’une molécule miraculeuse, semble impuissante, devant l’effacement des données longuement accumulées de notre disque dur. Rien pourtant ne disparaît jamais totalement. Nos milliards de liaisons synaptiques, constituées dès notre naissance et lors de notre éveil au monde laissent des traces discrètes, à en croire les geeks des neurosciences.

Cerveau, corps et cosmos sont liés pour le meilleur et pour le pire, tant qu’il y a de la vie, et peut être même après.

Et le jardin dans tout ça ? Il peut être le trou de serrure de notre clé mémorielle, le point de la reliaison, la parole enfin retrouvée de notre tout vivant.

Comment ? C’est ce que nous nous efforçons d’expérimenter, de communiquer et de transmettre.

« Vous êtes des chercheurs » nous disait un jour le Professeur Mazet, grand médecin, à la tête du service de pédopsychiatrie de La Pitié Salpêtrière à Paris.

Nous y sommes encouragés par le regard sur notre propre expérience mais aussi par la réflexion de sociologues, philosophes, médecins, neurobiologistes.

Ainsi cette remarque de Bernard Andrieu, exposant le concept d’éveil cosmo sensoriel au jardin :« Le vivant est actif en dessous du seuil de conscience et cette activité est désormais mesurable dès l’activation à 40ms. Le corps et l’esprit peuvent être entièrement immergés dans ce que nous appelons l’immersion dans le jardin de plantes, de fleurs, de légumes et autres arbres : Marcher pied nu, sentir les odeurs, voir des couleurs, prendre l’air, toucher les matières. Le sentant de notre corps sensible n’est pas le senti. Par sa sensibilité, le corps vivant  dans le jardin est sans personne au sens où le sujet n’en contrôle pas l’activité organique ni l’activation cérébrale. C’est la vicariance de son cerveau lors de son écologie dans ses environnements qui lui fait créer des réseaux et des formes avant la conscience. »

Cité par Augustin Berque, Frédéric Obringer, auteur du petit livre, Fengshui. L’art d’habiter la terre écrit

« Saisir la respiration des montagnes, repérer le bon mariage de l’eau et du vent pour que vivants et morts puissent habiter la terre avec bonheur, ou du moins sans trop de désagrément, voilà le but que se fixe l’art de la géomancie (fengshui) en Chine. L’idée est simple et forte, sa réalisation complexe et incertaine. Depuis l’Antiquité, villes et campagnes chinoises sont scrutées, modelées, remodelées, pour que les âmes des morts trouvent un lieu de repos et qu’elles se montrent ainsi pleines de bienveillance pour ceux qui vivent encore ; en même temps, hommes et femmes ont tenté de construire leur maison, leur temple, leur palais, de telle façon qu’en accord avec l’organisation générale de l’univers, ces lieux leur deviennent également bénéfiques. (…)

Un regard superficiel, surtout au vu de certaines clowneries médiatiques, pourrait nous inciter à prendre le fengshui pour une vieillerie sans fondement, qu’il faudrait laisser aux amateurs d’exotisme douteux. Mais nous oublierions alors à quel point le peuple chinois dans son ensemble est imprégné par cet art, qui, depuis des siècles sinon des millénaires, lui fait voir le monde, apprécier le bonheur et supporter le malheur, quelque esprit critique il puisse parfois manifester à son égard »

A travers la valeur sym-bolique( sun bolein, en grec, veut dire mettre avec rassembler) qui s’oppose au dia-bolisme (séparer couper en deux) nous trouvons dans la culture, ce culte rendu à la nature, le moyen de rester connectés, de garder vif notre  lien avec le vivant(biophilie) et cet écho très profondément enfoui dans nos gènes qui nous permet de ressentir , en deçà même du conscient notre intimité avec le monde végétal, que des chercheurs américains(Shepard) et Allemands(Neuberger) ont appelé la phyto-résonance.

France Pringuet  écrit à son sujet : «  La question de la nature du lien qui semble enraciner l’être humain dans son environnement s’adresse aujourd’hui, à partir de données à la fois historiques, scientifiques et fondamentales, au monde botanique. Ce phénomène a été identifié par la biologie moderne comme un lien physique, qualifié d’archaïque et appelé « phyto- résonance ». Reflet de son adaptation au cours de l’évolution, reliant instinctivement le sujet à ses paysages originaires, il s’exprime par une action restauratrice à tous les niveaux d’organisation de l’être humain et est considéré comme modèle possible d’émergence de la conscience. Lieu privilégié de la résonance, le milieu végétal est alors proposé comme accueillant et fondateur de la subjectivité » on ne saurait dire mieux !

Restent à trouver les formes qui dessinent ce jardin, les pratiques sui l’animent, les outils adequats pour que s’expriment ses utilisateurs, et à les mettre en œuvres en participant nous-même, physiquement, à sa mise en place et à son activité. Ne pas créer de fossée entre une recherche hors sol et l’expérience quotidienne, retrouver la dimension, la beauté et bonheur du monde dans quelque mètre carrés de jardin, voici notre feuille de route

JPR, avril 2015

Bibliographie :

Andrieu B., 2011, Un gout de terre. Vers une cosmosensation, L’écologie corporelle, 4 tomes, Paris, Atlantica.

Andrieu B., 2012, L’autosanté. Vers une médecine réflexive, Paris, Armand Colin.

Berque A., 2014, Poétique de la terre, Paris, Belin

 

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