Yogarden

Eco-psychologie et Yogarden

Pour tout dire le terme n’existait pas vraiment, dans les années 70, lors qu’a l’université de Berkeley on parlait de psychologie transpersonnelle et plus précisément , sous la plume de Gregory Bateson d’écologie de l’esprit(*Gregory Bateson, pour une écologie de l’Esprit,Seuil.)

Je fréquentais à cette époque l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et en particulier l’un de ses enseignants, Serge Moscovici, avec qui j’écrivais un livre*( Ribes et Moscovici, Pourquoi les écologistes font ils de la politique ? Seuil)

Bien sûr L’Hypothèse Gaia et les travaux de Paul Shepard nous étaient familiers, mais il fallut attendre la formulation précise de Roszark pour en venir à cette  idée d’une nouvelle dimension, qui sortait la psychologie traditionnelle de son ronronnement et la psychanalyse de ses querelles d’écoles. Mais non sans mal ! L’éco-psychologie était en effet soupçonnée d’appartenir à un courant « New age » plus proche du fantasme que de la Science. Voyages, rencontres, Je n’en démordais pas : il y avait bien une exploration à mener de cette relation émotionnelle à la terre, au vivant. Lors qu’Anne commença en 1997 à pratiquer le jardinage thérapeutique à la Pitié Salpêtriere avec les enfants autistes, puis à l’Hopital de Colombes avec les personnes du quatrième âge, ce fût une évidence : le jardin, le jardinage, étaient cette médiation qui nous permettait d’entrainer les corps et les esprits dans une aventure thérapeutique inédite, que nous avons rapportée dans le livre d’Anne   « Toucher la Terre, jardiner avec ceux qui souffrent »*Les expériences se multipliant, nous avons eu la chance de pouvoir les partager, en partie, lors de sessions de formation aux jardins de soin que le domaine de Chaumont sur Loire nous proposa d’organiser à partir de 2012. Beaucoup de ces stagiaires (Plus de 200 !)repartaient enthousiastes et intrigués de cette « imprégnation », mettant en mouvement un processus de soin inédit. Mais, malgré notre patience, lorsqu’en 2016 nous avons proposé d’aller plus loin en incluant à nos formations un exercice que nous avions baptisé « Yogarden », le centre de  Chaumont,  sous des prétextes juridiques et financiers, refusa de nous suivre  et  choisit la séparation. C’est donc à Maule, chez nous que nous avons décidé de poursuivre, toujours en s’appuyant sur l’expérience vivante de jardins, parfois en plein Paris, comme l’EHPAD  Oasis, en plein cœur de Barbés. Aujourdhui,  de nombreux média  ont fait récemment état de travaux menés par des équipes de neuroscientifiques sur l’efficacité de la « méditation thérapeutique » et en même temps du contact régulier avec la nature, via la création de jardins en milieux médicalisés.

Equilibrer des connaissances techniques sur la conception d’un jardin, son  « design », en décrire les différentes étapes, s’y retrouver dans la jungle des règles  institutionnelles ,en prévoir les budgets, les matériaux et les mobiliers, en choisir les végétaux, qu’il faut donc identifier et connaitre, en organiser les temps et les rituels d’animation, c’est essentiel !

Mais trouver les moyens d’initier ou de renforcer une empathie qui donne à la relation soignant soigné cette particularité d’être médiatisée par le jardin vécu en commun, c’est une  nécessité.

Le Yogarden est donc cette passerelle simplissime, qui a le pouvoir d’améliorer en même temps  le vécu des soignants qui le pratiquent que des soignés qui le partagent.

Pour préciser les choses, il n’est pas très  éloigné de la mise en pratique de l’éco-psychologie, mais il s’en éloigne dans le ressenti sémantique. Au « logos » et au au côté un peu rébarbatif du jargon ,il  oppose la pratique millénaire de la reliaison(yug) présente dans le mot Yoga, la conjugaison, et il en précise le lieu : le jardin.

Une pratique, donc, c’est à dire des actes impliquant le corps, permettant d’en percevoir l’importance, de le situer, tout comme le jardinage qui en nourrissant la terre, en la fécondant, se nourrit des éléments, eau, air, lumière, espace.

Au passage, on nous dit souvent que le jardin de soin agit en « stimulant » les sens, vue, audition, odeurs, toucher, goûts en oubliant l’espace, c’est-à-dire le mouvement et la posture, la proprioception, la conscience du geste. Et pourtant lorsque je sème, arrose, cueille, ce sont bien des gestes corporels qui modifient mon mental, via mon système nerveux central en même temps que la réalité du jardin. La pratique du Yogarden me permet simplement d’accéder à la peine conscience de cette réalité, de ces interactions. Mieux, elle ouvre la dimension planétaire de ces gestes.

Relier, rendre conscient, ouvrir, c’est bien  le même but , dans sa double composante, que nous poursuivons au jardin de soin. Objectif : l’équilibre, le point médian, le bon rythme. Tout comme celui de la plante est de germer, de croitre, de fructifier et de se reproduire.

Autre résultat : le retour du facteur temps.

Au jardin comme dans mon corps, tout est réglé par un calendrier, qui se nourrit du passé, sans y demeurer et prépare le futur, sans y être encore !

Cela s’appelle le Présent !

Donc ce retour sur l’instant, sans concept ni stress, cela se cultive !

Objectif : l’équilibre, le point médian, le bon rythme. Tout comme celui de la plante est de germer, de croitre, de fructifier et de se reproduire.

 

Les premiers exercices sont accessibles à tout un chacun, quel que soit son état physique ou sa motricité. Exemple :

Assis au pied d’un arbre (ombre et lumière), je respire.

Conscient de respirer, je fais circuler le souffle dans tout mon corps.

Conscient de mon corps, je prends conscience de mes sensations

Conscient de mes sensations je prends conscience des éléments

Conscient des éléments et de ce qui m’en rapproche dans mon propre corps, je prends conscience de mon esprit

Conscient de mon esprit, en silence, je le calme, l’établit dans l’équilibre

Ainsi, l’acte et la conscience de l’acte réunissent le corps et l’esprit, les réconcilient

On peut tout aussi bien parler de mise en pratique de l’éco -psychologie, ou plutôt d’éco-psychopraxie.

L’efficacité thérapeutique peut se détecter via les examens neuroscientifiques, notamment la mise en action de différentes zones et fonctions du cerveau régulant notre sommeil, notre humeur, notre appétit, notre libido. Taux de Cortisol, de Sérotonine, de Mélatonine sont aujourd’hui d’un accès relativement simple.

Les différentes évaluations, malgré les louables efforts de certains observateurs plus ou moins convaincus semblent n’avoir pas encore trouvé la bonne distance.

Elles ont tendance à vouloir se montrer « objectives » à travers des questionnaires dont le décryptage reste hypothétique et aboutit à des pourcentages peu significatifs. Et surtout, elles peinent à prendre en compte la réalité du terrain : parole d’un enfant mutique, attitude corporelle d’une petite fille piétinant dans la « bouillasse » du jardin, sourire d’un vieillard dépressif sentant un brin de lavande, remémoration d’une image, de l’orthographe  du mot thym, oubli de son déambulateur par un handicapé moteur sévère.

 

JPR Novembre 2017

 

 

 

 

 

 

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