FORMATION

OTIUM, NEGOTIUM, MANIERES D’ETRE AU JARDIN

 

 

 

 

 

Les Romains désignaient le temps libre, le loisir, l’oisiveté par le mot otium, dont la négation, negotium, disait au contraire l’activité, la recherche d’un résultat : le négoce.

Le mot travail n’existait pas, sinon sous sa racine première, le tripalium, ces trois pieux auxquels on attachait les bêtes à abattre ou les esclaves récalcitrants.

On parlait plutôt de labor, en référence à l’effort du cultivateur.

Le temps du jardinier se situe à mi -chemin entre otium et negotium.

« Festina lente » hâte toi lentement, disait encore nos ancêtres.

Prendre son temps, retrouver le temps.

Les plantes et le génie du lieu n’ont pas l’angoisse du trou de mémoire : elles se souviennent de qui elles sont, au moment où il le faut.

Elles patientent, s’enfouissent, se mettent au régime, se recroquevillent, mais restent vigilantes pour saisir l’opportunité lorsqu’elle se présente et parfois même se déplacent, s’aidant du vent, des oiseaux, de nos bras et de nos jambes, en réciprocité de ce qu’elles nous offrent.

Tout leur est bon pour assurer leur descendance : souvenez-vous du « je sème à tous vents » du petit Larousse.

Mais aussi du « geste auguste du semeur »  témoin de cette complicité avec les végétaux!

Au jardin de soin les semailles sont un moment de fête.

« Lorsqu’on met une graine en terre, c’est un devenir qui s’annonce…le jardin est un territoire mental d’espérance » écrit Gilles Clément dans sa leçon inaugurale au collège de France.

Les très vieilles mains, couvertes de rides sauront encore répandre les graines que l’on y place, surtout si elles sont aidées et soutenues par les petites mains des enfants qui participent à l’atelier.

Negotium : les doigts qui se touchent, la plante qui germera sera notre œuvre commune, protégée par la terre que l’on rabat, désoiffée par l’eau qu’on lui apporte.

Otium : on la contemple, on l’encourage, on la décrit, on la remercie.

On note les dons et les habitudes de chacune sur le cahier de bord.  sa manière de s’épanouir en feuilles ou en fleur.

On se fie au temps, rien ne sert de tirer sur l’herbe pour la faire pousser

On respecte le temps comme on respecte les âges.

Comme on respecte tout ce qui vit dans son infinie variété.

On alterne l’oisiveté contemplative et l’effort maitrisé.

On se donne du bon temps.

 

Juillet 2014

 

 

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