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La Nature et le génie, rêve de jardin

 

Toutes et tous nous nous considérons, dans nos paroles et dans nos actes, comme des défenseurs de la Nature. Mais qui est elle ? Pourquoi l’appeler ainsi ?
Les Grecs l’appelaient « Phusis », qui a donné physique, combinaison d’énergies et de matières, en mouvement incessant et dont les lois subtiles n’apparaissaient qu’aux dieux. Certains parfois en dévoilaient une toute petite partie aux hommes, comme le raconte Homère, lorsque le brillant Hermès, touché par le courage d’Ulysse, lui donna la plante Molu, en guise de « pharmakon », remède pour ne pas être changé en porc lorsqu’il aborderait chez Circé. Les Latins, nos ancêtres, choisirent une tournure à la fois poétique, émouvante et pleine de sens pour désigner l’ensemble du vivant, le participe futur du verbe nascior, naitre, et sous sa forme féminine : natura.La nature est donc celle qui ne cesse d’être  « à naître », d’échafauder des plans pour la vie, de faire jouer les interactions au sein du « milieu ambiant ».Elle est femme, amante, mère, parfois destructrice mais plus souvent donneuse de vie, qu’elle protège à travers le cycle incessant des reproductions, des transformations, des évolutions.Regarder le monde du point de vue de la nature, c’est certes exercer nos intelligences, nos capacités de connaître, de comprendre et d’expliquer, de faire avancer la science en somme, mais sans jamais oublier que nous sommes dedans, à l’intérieur du cercle et non observateurs en position dominante. Notre « nature » propre se conjugue elle aussi , à l’imparfait, elle n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se forme et se façonne, elle évolue au sein du milieu ambiant. Ainsi, chacun de nos actes, s’inspirant de cette intelligence partagée du vivant, nous portera-t-il à assumer notre place responsable, inspirée par la biophilie, l’empathie et la reconnaissance du divers, du multiple, comme richesse commune.Passons du jardin des mots au jardin des fleurs et des légumes, un jardin ou nous retrouvons la présence émerveillante de cette force, que nous appellerons « génie du lieu ». Prêt à l’action, inventif, il se dévoile au regard de ceux qui sont attentifs à sa présence. Mais si nous le maltraitons, il arrive qu’il prenne le chemin de l’exil.Pourtant, rassurez vous, il est tenace et offre aux plantes et aux arbres des stratégies de survie et d’adaptation sans limite, jusqu’à pouvoir choisir dans leur code génétique hérité de leurs ancêtres les combinaisons les plus aptes à assurer leur survie (épigénèse) quitte à sauter une ou deux générations pour les récupérer !
Il est clair qu’habile à se sauver lui même, il ne refuse pas d’offrir ses services aux humains en panne d’équilibre.
Apprendre à le recevoir, à dessiner et à gérer avec lui ce jardin de soin, aussi beau qu’agréable, à en équilibrer les ombres et les couleurs, à l’adapter à nos faiblesse sans le« dénaturer », à ne pas lui imposer nos poisons bruyants ou toxiques, nos formes excessives, nos volontés de pouvoir.
Il en sera reconnaissant, croyez moi ! Et nous communiquera en échange l’art de la patience, de la ténacité, de l’économie des gestes, le sens du partage et pas seulement des fruits et des fleurs mais aussi des émotions.
Et plus subtil encore celui de devenir des thérapeutes aussi discrets qu’efficaces, capables de déceler le mieux être de ceux que nous voulons soigner,  dans le même temps qu’eux même apprennent à soigner leur jardin et à en jouir.
Merci à Augustin Berque(Poétique de la Terre), à Gilles Clément(l’alternative ambiante) pour leurs gués.

 

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