Méthode

La délectation

La délectation est un mot un peu désuet pour désigner une réalité qui elle ne l’est pas. Quand   le corps rejoint l’esprit dans l’appréciation d’une bonne chose, l’être tout entier se sent détendu, neuf « comme au sortir de son œuf » disait Brassens. Ce moment-là, il fait partie du rituel jardinier et plus spécifiquement encore au jardin de soins ! Entrant au jardin, on constate le changement, il y en a toujours, généralement en bien. Bouton de rose, fleur de haricot laissant apparaitre, juste au cœur de sa corolle, un minuscule appendice, choux qui prend sa forme. On en ressent comme un bonheur subtil : oui, les plantes et les fruits sont dans le bon chemin. Au mitan de l’atelier, on se pose ! Trois exercices : on respire lentement, consciemment, comme si l’air qui entre et sort de nos poumons était exceptionnel ! Et il l’est. Mais le reste du temps on ne prend pas le temps d’y penser. On boit une longue gorgée d’eau, et on partage le bonheur explicite que cette eau à apportée, un instant auparavant aux végétaux qui la réclamait. Enfin on laisse son regard errer à la surface des nuages, on rêve de voyages, on s’amuse des formes ! Mais c’est quand le moment est venu de mettre un terme au jardinage du jour que la délectation prend tout son sens ! Une bouteille d’eau chaudes et quelques feuilles de menthe ou de mélisse prises dans la plate-bande, une petite tranche de gingembre, également poussé dans le jardin, un fruit rouge, un radis, quelque chose qui croque sous la dent. Même autiste, même agueusique, le jardinier ou la jardinière que nous accompagnons dira « c’est bon », esquissera un sourire ! C’est aussi bête que ça, mais pour l’hortithérapeute cela sonne comme un chant de victoire ! Cet instant-là doit être partagé, comme les autres, mieux que les autres ! Il est non seulement l’apex du temps passé ensemble, de la méthode, mais il est celui de l’empathie, d’un réel bonheur commun ! Le « professionnel » du soin n’est plus qu’un délectant, un dilettante mot italien dévalorisé, mais qui indique au sens propre une capacité marquée à ressentir du plaisir. Au jardin de soin c’est bien le plaisir qui nous lie, le plaisir qui fera revenir le jardinier la semaine suivante, ou avant, avec tout ce que cela procure de bon au moral et au physique. Aimer la nature, le jardin et profiter de ses bienfaits exige donc de cultiver plus encore que notre savoir-faire notre savoir être, notre dilettantisme.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s