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BIOPHILIE

Ce n’est ni une maladie ni une perversion.

Une pulsion peut être, une sorte d’instinct qui nous pousse à préférer le vivant, le « bios » au mort ,« le nécros », ou qui simplement s’oppose à cette spirale « nécrophile » qui, dans sa détestation de  la vie, accepte ou préconise la violence.

Ce fût une des trouvailles du psychanalyste d’origine allemande Erich Fromm, réfugié aux Etats unis après avoir fui le nazisme, dévoilée dans «  le cœur de l’homme » publié en 1964( livre de poche). Edward O. Wilson, zoologiste enseignant à Yale, consacre un livre entier à ce sujet en 1984, qui lui vaudra le prix Pulitzer. Intitulé « Biophilia », il vient d’être traduit en français. Il y préfigure la notion de Biodiversité, un terme dont il sera l’inventeur quelques années plus tard.

Entrer en amitié avec ce qui vit, y trouver une résonance qui partant d’une émotion de départ, peut aller jusqu’à modifier notre vision du monde, notre comportement, notre santé, notre rapport à tous les êtres ?Oui .Y compris les plantes ?Oui.

Se pourrait-il que la grande force qui nous pousse à  chérir cette vie dont, finalement, nous ne connaissons pas grand chose et à n’en prendre aucune, ne pas tuer, dépasse ce que nous appelons un impératif moral ? Serait-ce cette même loi de nature qui nous guide sur le chemin du soin ?

Aujourd’hui l’hortithérapie américaine semble retrouver ce concept de biophilie, en faire le moteur de ces jardins qui apportent à ceux qui les fréquentent, un mieux être, une capacité de résilience face aux accidents de la vie.

Il est mis en avant aux réunions de l’AHTA  avec les interventions de Stephen Kellert, professeur à l’université de Yale et auteur de « Biophilia hypothesis »ou sur le blog de notre amie Rebecca Haller,  directrice de l’ HTI de Denver(Colorado)

Si cette notion vous semble trop abstraite, livrez vous à quelque expérience, comme nous le faisons auprès d’enfants en souffrance psychique, de personnes cérébrolésées, souffrant de divers handicaps, de vieillards dépendants, de personnes souffrant de dépression chronique.

Dans un jardin adapté, crée pour eux et avec eux, observez le moment ou apparaissent les petits signes de bonheur, de sensibilité au vivant exprimé dans ces fleurs, dans ces herbes, dans ces gestes attentionnés pour semer, sarcler, récolter.Quelle peut en être la cause ? Simple pose ou premiers signes d’amélioration ?N’attendez pas de guérisons spectaculaires, la nature ne court pas le cent mètre.Mais lorsqu’elle redonne du sens au temps, il ne faut pas rater le moment.

« Je suis bien », « j’aime » un regard, un sourire, un geste de la main suffisent.

Peut-on évalue l’efficacité de cette méthode, l’hortithérapie, avec les mêmes questionnaires, les mêmes expériences,, les mêmes échelles que celles qu’utilisent les médecins et les laboratoires pharmaceutiques pour prouver la toute-puissance des neuroleptiques et autres psychotropes qui vous mâtent un gaillard comme on étourdit un bœuf à l’abattoir?Non.

En revanche, parier sur la capacité du vivant à soigner le vivant, cela vaut le coup d’essayer.

 

Edward.O Wilson, Biophilie, éditions José Corti, Paris

 

 

 

 

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